
Philippe Cancel
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j'écris
En 1966, l’instituteur lit ma rédaction en classe, il vante que c’est très imagé. J’ai toujours eu des dispositions en français mais cela n’est pour moi à cette époque qu’une discipline scolaire, un truc, une filouterie pour avoir de bonnes notes.
En 1969, le Concorde fait ses premiers vols d’essais ; quand il passe au-dessus de l’école, nous avons le droit de nous précipiter aux fenêtres pour l’admirer. Ce chahut est un pur bonheur et reste un souvenir qui me ravit. J’écris des poèmes et une courte nouvelle qui évoque une société où les plus de trente ans sont absentés. J’ai 15 ans et je publie tout ça, à la ronéotypeuse (qui sent l’alcool et qui m’enivre) dans le journal de l’école dont je suis le rédac chef.
En 1972, je fais la bombe à Tahiti, à Mururoa pour être précis, je dessine au feutre noir sur du Canson les sales blagues qui se racontent à bord du BSL La Rance et je publie sur le panneau d’annonces du poste avant. Tout le monde vient voir, les officiers pour appréhender le niveau du moral de l’équipage et les mécaniciens pour rigoler tout simplement.
En 1976, sous Giscard, la censure voulait que dans les films les gangsters perdent toujours à la fin. Par bravade je m’engage devant mes amis du bar Le Napoléon dans le quartier de Chicago (quartier situé à Toulon) à écrire un roman où enfin les gangsters gagnent à la fin. Le premier lecteur m’a demandé si c’était moi qui l’avais écrit, j’acquiesce. Alors il marmonne :
– Mais tu ne nous avais pas annoncé qu’à la fin les bandits devaient gagner ?
– Oui je l’ai écrit pour ça.
– Comment se fait-il qu’ils finissent tous en prison ?
– Je n’y peux rien, ils étaient tellement bêtes qu’ils ont fini par se faire attraper.
J’ai eu droit à un regard, non pas de stupéfaction, mais de franche pitié et d’un souffle. À tout prendre, j’eusse préféré une gifle.
En 1978, je rentre du travail et je vois sur la table ma vieille machine à écrire Japy orange avec une feuille engagée dans le rouleau. Elle me promet :
– Tu écris deux pages de la suite de ton roman et on mange.
Jamais, je n’ai eu plus bel hommage.
Depuis 1981, je crée des entreprises avec plus ou moins de succès. Je vis mes rêves au lieu de … air connu. Je dessine les logos et je rédige la littérature commerciale ce que l’on appellera plus tard le “copywriting“.
J’écris toujours des tas d’histoires sans jamais les finir complètement.
En 1991, le président du Tribunal de Commerce de Toulouse, lors de la liquidation d’une de mes sociétés, me traite de poète.
Perspicace.
En 2013 le 23 août à midi, je ne peux plus manger de bêtes. Je ne comprends pas très bien ce qui se passe et je vais lire sur Wikipédia la définition de végétarien. Je souscris à cette chose. Je m’interroge, pendant plus d’une semaine, sur le pourquoi de ce qui m’arrive. Mes cheveux continuent de pousser et je vais voir Éric qui fait coiffeur au Grau du Roy. Il commence, puis me sort :
– Quelles nouvelles ?
Je répond : – Pas plus ! Puis je me ravise et je lui révèle que :
– Depuis huit ou dix jours, je suis devenu, bien malgré moi, végétarien. Il s'avance :
– Il doit bien avoir un événement qui a déclenché cette affaire. Je l'avise , que je venais de me souvenir que quand j’étais enfant, j’avais demandé à être végétarien et que la première chose que l’on m’avait opposée était :
– Mais, tu te prends pour qui ?
Ensuite ma mère, ma famille, mes amis, m’avaient informé des carences désastreuses que ce régime de dingue allait occasionner sur mon corps. A ce point de mon récit, j’entends Éric :
– Je sais ce que c’est, tu viens de rentrer en harmonie avec l’enfant que tu étais.
Je sursaute : – C’est joli ça, mais qu’est-ce que cela veut dire ?
– Ça signifie que bien souvent pour rentrer dans le monde des adultes, nous renions l’enfant que nous avons été. Toi, aujourd’hui, tu viens de rentrer en harmonie avec l’enfant que tu étais et que tu es prêt à affronter le monde tel que tu es vraiment.
Cette révélation m’a bien aidé à accepter l’ harmonisation qui se faisait et il aura fallu un peu plus de 10 ans pour que cela soit également vrai pour l’écriture.
Aujourd’hui, j’écris comme voulait le faire l’enfant que j’étais.
*
En haut dans la photo Philippe et Sylvie, la jolie jeune fille qui voulait deux pages de plus. 1978.
Texte ©Philippe Cancel, 2026
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